Nvidia accélère la cadence : lancement de la puce Vera Rubin et cap sur les robotaxis d’ici 2027
Lors de sa conférence très attendue au CES de Las Vegas, Jensen Huang, le PDG de Nvidia, n’a pas seulement parlé de puces, mais a esquissé l’avenir de la mobilité autonome. Entre l’annonce de la mise en production de sa nouvelle plateforme d’intelligence artificielle « Vera Rubin » et l’ambition affichée d’équiper des flottes de robotaxis d’ici 2027, le géant américain confirme que l’automobile est désormais son deuxième grand levier de croissance après l’infrastructure IA.
Vera Rubin : le nouveau « moteur de fusée » de l’IA
Lundi après-midi, environ une heure après le début de sa présentation, Jensen Huang a lâché l’information que les investisseurs attendaient fébrilement : « Vera Rubin est en pleine production ». Alors que l’entreprise commercialise actuellement sa gamme Blackwell Ultra, elle s’efforce de maintenir un rythme effréné pour répondre à une demande de puissance de calcul qui, selon les mots du dirigeant, « crève le plafond ». Cette nouvelle plateforme devrait commencer à être expédiée plus tard cette année.
Le défi fondamental de l’intelligence artificielle réside aujourd’hui dans cette soif insatiable de calcul, tant pour l’entraînement des modèles que pour l’inférence. La plateforme Vera Rubin, composée de six puces, entend répondre à cette urgence. Elle intègre le processeur central (CPU) Vera, qui promet deux fois plus de performances par watt que les processeurs les plus avancés du marché, ainsi que le processeur graphique (GPU) Rubin et un commutateur Ethernet Spectrum-6. L’objectif est clair : créer une véritable « usine à IA » où le transfert de données se fait avec une latence minimale.
Les soutiens de poids ne manquent pas. Elon Musk, PDG de Tesla, a qualifié Rubin de « moteur de fusée pour l’IA », tandis que Dario Amodei, à la tête d’Anthropic, y voit un progrès infrastructurel majeur permettant une meilleure mémoire et des raisonnements plus fiables pour les modèles d’IA.
L’offensive sur le marché des robotaxis
Au-delà des centres de données, cette puissance de calcul a une destination bien précise : la route. Nvidia a confirmé lundi travailler activement avec des opérateurs de robotaxis. L’objectif est de voir ces véhicules autonomes, propulsés par les puces Nvidia et la suite logicielle Drive AV, circuler dès 2027.
Xinzhou Wu, vice-président de l’automobile chez Nvidia, a précisé lors d’une démonstration récente à San Francisco que l’entreprise vise le déploiement de véhicules de niveau 4. Cela implique des voitures capables de se déplacer sans aucune intervention humaine dans des zones prédéfinies. « Nous commencerons probablement par une disponibilité limitée, le temps de trouver nos marques avec nos partenaires », a nuancé Wu, suggérant une approche progressive.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les robotaxis gagnent du terrain, menés par Waymo (filiale d’Alphabet), qui opère déjà des services commerciaux sans chauffeur dans cinq marchés américains. L’annonce de Nvidia signale clairement qu’elle ne vise pas uniquement les véhicules personnels, mais bien les flottes commerciales autonomes.
Partenariats et réalité économique
Pour concrétiser cette vision, Nvidia mise sur des collaborations étroites. Le fabricant de puces a annoncé en octobre un partenariat avec Uber et a révélé en décembre que ses logiciels équiperaient les futurs modèles de Mercedes-Benz prévus pour fin 2026. Ces véhicules seront capables de naviguer dans des environnements urbains complexes comme San Francisco.
L’offre de Nvidia repose notamment sur son ordinateur de bord Drive AGX Thor, dont le coût avoisine les 3 500 dollars par puce. L’argument de vente est simple : permettre aux constructeurs de réduire leurs coûts de recherche et développement tout en accélérant la mise sur le marché des fonctionnalités autonomes. Ali Kani, directeur général de la plateforme automobile de Nvidia, note que si certains constructeurs préfèrent gérer leurs propres simulations, ils ont besoin de l’expertise de Nvidia pour optimiser leurs logiciels sur ces nouvelles puces.
Pourtant, il faut garder à l’esprit que l’automobile reste pour l’instant une part marginale du chiffre d’affaires de l’entreprise. Sur le trimestre clos en octobre, les ventes de puces pour l’automobile et la robotique n’ont représenté que 592 millions de dollars, soit environ 1 % des revenus totaux.
Un milliard de voitures autonomes
Malgré ces chiffres actuels modestes, la vision de Jensen Huang est celle d’une transformation radicale du paysage routier. « Nous imaginons qu’un jour, un milliard de voitures sur les routes seront toutes autonomes », a-t-il déclaré lors de l’événement. Que ce soit sous la forme d’un robotaxi que l’on loue ou d’un véhicule personnel, le pari de Nvidia est que l’intelligence artificielle deviendra le cœur battant de l’industrie automobile mondiale.