KFC fait le grand écart : virage halal dans l’Hexagone et mystérieuses fermetures outre-Atlantique
Le pari du marché français
À partir du 21 janvier, l’enseigne du colonel Sanders opère un virage stratégique très attendu de ce côté-ci de l’Atlantique. Fini de se rabattre exclusivement sur le menu poisson pour les clients aux restrictions alimentaires spécifiques : 24 des 404 restaurants KFC de l’Hexagone vont officiellement proposer de la viande halal. L’annonce, confirmée après plusieurs jours de bruits de couloir et de débats plus ou moins houleux sur les réseaux sociaux, s’inscrit dans une logique purement pragmatique. La direction ne s’en cache pas, il s’agit avant tout d’accompagner l’évolution du marché et de satisfaire une demande qui ne fait que croître chez une partie des consommateurs.
Rien de véritablement inédit dans le paysage du fast-food, finalement. Quick avait déjà franchi le pas en 2021, tout comme une poignée de Five Guys en région parisienne, à Lille ou à Marseille. Chez KFC, on temporise encore sur la liste exacte des succursales concernées, qui ne sera dévoilée que le jour J sur les pages locales de la chaîne. En coulisses, ce passage au halal implique un cahier des charges strict sur la filière d’approvisionnement : l’abattage rituel exige que l’animal soit égorgé en étant conscient, tourné vers La Mecque, par une personne de confession musulmane invoquant Allah. Une logistique pointue pour une marque qui cherche à ratisser large.
L’hécatombe américaine et le mystère des façades blanches
Mais si KFC cherche à séduire de nouveaux palais en France, la dynamique est radicalement différente sur ses terres d’origine. Aux États-Unis, la chaîne traverse une zone de turbulences marquée par une étrange épidémie de fermetures. Dans l’agglomération de Birmingham (comté de Jefferson), trois emplacements historiques situés à Ensley (1800 20th Street), Trussville (1674 Gadsden Highway) et Hueytown (3065 Allison Bonnett Memorial Drive) ont purement et simplement baissé le rideau ces derniers mois. Rayés des applications de livraison, disparus des services de cartographie, laissant derrière eux des vitrines désespérément vides.
Le plus frappant reste le traitement post-mortem de ces bâtiments. Si vous traînez sur TikTok, Reddit ou X, vous avez sûrement vu passer ces images de restaurants KFC fantômes, intégralement repeints en blanc immaculé. De quoi alimenter les théories les plus folles dans le voisinage — certains badauds pariant même sur une transformation imminente des locaux pour y accueillir la chaîne de burgers White Castle. La réalité est bien plus terre-à-terre et relève de la stricte politique d’entreprise. Les contrats de franchise exigent une dépersonnalisation totale et immédiate des locaux dès la cessation d’activité. Adieu le code couleur rouge et blanc et les logos emblématiques : ce badigeonnage express évite toute confusion pour le consommateur, protège la maison mère d’éventuels litiges juridiques et prépare le terrain pour une future revente ou l’arrivée d’un nouveau locataire.
Cette vague de fermetures, bien que spectaculaire par son aspect systémique, ne signe pas pour autant la mort du poulet frit dans la région. Rien que dans l’aire métropolitaine de Birmingham, plusieurs franchises font de la résistance et maintiennent leurs friteuses allumées tous les jours. Les habitués peuvent toujours aller se fournir au 1928 Bessemer Road à Bessemer ou au 7159 Aaron Aronov Drive à Fairfield (ouverts de 10h30 à 22h). Les restaurants du 7909 Crestwood Boulevard et du 828 Green Springs Highway accueillent les clients de 10h ou 10h30 jusqu’à 22h30. Quant à l’établissement du 1653 Center Point Parkway, il pousse même le service jusqu’à 23h du vendredi au dimanche. Reste à savoir si cette restructuration silencieuse du parc américain, en plein contraste avec les ambitions d’inclusion du marché français, annonce une refonte plus globale du modèle économique de la marque à l’échelle mondiale.