Oppo avance ses pions : offensive sur le Reno 13 Pro et fin d’indépendance programmée pour OnePlus

La stratégie d’Oppo sur le marché européen prend une tournure fascinante. D’un côté, la marque déploie une agressivité tarifaire rare pour imposer ses propres terminaux sous son nom. Prenez le Reno 13 Pro, officialisé à la fin du mois de février 2025. À peine deux mois après son lancement en France, l’enseigne Leclerc le propose déjà à prix cassé. Jusqu’au samedi 26 avril 2025, les clients possédant la carte de fidélité peuvent faire chuter la facture de 799 euros à 527,93 euros pour le modèle gris, avec livraison gratuite en magasin. Une ristourne de 34 % qui s’apparente à un coup de force. Pour ce tarif, la fiche technique est d’ailleurs redoutable : une grande dalle AMOLED de 6,83 pouces (1272 x 2800 pixels, rafraîchissement à 120 Hz, pic de luminosité à 1600 nits), un SoC MediaTek Dimensity 8350, 12 Go de RAM et un demi-téraoctet de stockage. Oppo n’a pas lésiné sur l’endurance non plus avec une énorme batterie de 5800 mAh encaissant 80W de charge rapide, ni sur la photo avec un trio de capteurs (50+8+50 MP au dos et 50 MP en frontal pour les selfies). L’idée est clairement d’inonder le marché avec ce smartphone sous Android 15 (ColorOS), blindé de connectivité de pointe comme le Wi-Fi 6, le Bluetooth 5.4 ou la 5G. Mais cette générosité commerciale cache une manœuvre bien plus vaste en coulisses.

Si la maison mère met autant son blason en lumière, c’est que l’heure est au grand ménage. Les rumeurs enflent depuis un moment et pointent toutes vers la même issue : OnePlus, l’ancienne coqueluche des technophiles, s’apprête à perdre son indépendance pour devenir une simple ligne de produits estampillée Oppo. Le séisme nous vient d’Inde, véritable marché baromètre. Michael Guo, le patron de Realme qui supervisait aussi officieusement les opérations quotidiennes de OnePlus dans le pays, vient de jeter l’éponge. Si la communication officielle transmise au média Moneycontrol évoque des raisons de santé — l’entreprise s’est fendue d’un communiqué très lisse pour le remercier de ses contributions —, les bruits de couloir racontent une histoire de restructuration brutale.

L’intérim sera assuré par Chase Xu, un vice-président de Realme, mais le mal semble déjà fait. Le départ de Guo s’inscrirait dans un plan global d’Oppo visant à vampiriser Realme et OnePlus. Fini les identités de marque autonomes. Les téléphones OnePlus ne vont pas s’évaporer du jour au lendemain, ils seront juste ravalés au rang de déclinaisons du catalogue Oppo. Un destin que Realme s’apprête également à subir, la marque ayant d’ailleurs déjà discrètement déserté son marché intérieur chinois.

Au fond, l’industrie n’est pas vraiment surprise, il y avait beaucoup trop de fumée pour qu’il n’y ait pas d’incendie. Ces derniers mois, les prédictions funestes concernant OnePlus se sont multipliées, allant de la fermeture totale à la fuite des marchés clés occidentaux. Une rumeur particulièrement insistante prédisait même la fin des opérations pour 2026. Si le couperet n’est pas tombé de manière aussi abrupte, la réalité s’en rapproche. Plus tôt cette année, OnePlus a fermé ses boutiques physiques en Inde pour se retrancher sur un modèle 100 % en ligne. En Europe, même si le site marchand tourne encore, la voilure a été drastiquement réduite. Il nous reste probablement le OnePlus 16, attendu plus tard dans l’année. Un smartphone qui fera sans doute office de chant du cygne, l’ultime baroud d’honneur avant que la marque ne se fasse définitivement digérer par la machine Oppo.