L’énigme 3I/ATLAS : quand les archives et l’ultraviolet révèlent les secrets d’un visiteur interstellaire
L’astronomie moderne ne se contente plus de scruter le ciel en temps réel ; elle exige désormais un dialogue constant entre les observations actuelles et les bases de données passées. Cette approche, consistant à croiser les puissances instrumentales et les archives, vient de prouver une nouvelle fois son efficacité éclatante avec le cas de 3I/ATLAS. Ce vagabond céleste, identifié comme le troisième objet interstellaire jamais confirmé et probablement le plus ancien visiteur de ce type, offre aujourd’hui aux scientifiques une mine d’informations inédites sur la composition et la dynamique des corps venus d’ailleurs.
Une traque rétroactive dans les filets de la NASA
Si la détection officielle de la comète remonte au 1er juillet, réalisée par le télescope ATLAS, l’histoire de son observation est en réalité plus ancienne. C’est ici qu’entre en jeu TESS (Transiting Exoplanet Survey Satellite). Conçue initialement par la NASA pour débusquer des exoplanètes, cette sonde dispose d’un atout majeur : un champ de vision extrêmement large associé à une surveillance continue du ciel. Ces capacités en font un outil redoutable pour suivre les objets du système solaire, tels que les astéroïdes ou les comètes, sur de longues périodes.
En remontant le fil des données archivées, les chercheurs ont réalisé que TESS avait déjà capturé 3I/ATLAS en mai 2025, bien avant que son existence ne soit formellement reconnue. Cette découverte a posteriori n’est pas anecdotique : elle permet de reconstituer la trajectoire de l’objet avec une précision accrue. Plus récemment, alors que la comète s’éloignait de notre système solaire, la sonde a mené une campagne d’observation ciblée entre le 15 et le 22 janvier. Malgré une brève interruption due à un souci technique sur ses panneaux solaires, TESS a pu imager le corps céleste traversant un champ stellaire dense.
Les analyses menées par Daniel Muthukrishna du MIT, basées sur 28 heures d’images, montrent un point brillant d’une magnitude apparente de 11,5 — invisible à l’œil nu — accompagné d’une fine traînée. Ces données sont cruciales pour comprendre la rotation du noyau, ses variations de luminosité et la manière dont il projette gaz et poussières dans l’espace.
De l’eau détectée là où elle ne devrait pas être
Au-delà de sa trajectoire, c’est la composition chimique de 3I/ATLAS qui suscite l’effervescence au sein de la communauté scientifique. Durant les mois de juillet et août 2025, l’observatoire Neil Gehrels Swift de la NASA a braqué ses instruments sur la comète. Contrairement aux télescopes terrestres, Swift orbite au-dessus de l’atmosphère, ce qui lui permet de capter les rayons ultraviolets habituellement bloqués par notre couche atmosphérique.
C’est grâce à cette position privilégiée que les astronomes de l’Université d’Auburn ont détecté une signature spectrale révélatrice : celle du radical hydroxyle (OH). La présence de ce gaz est un marqueur chimique indubitable de l’eau. Pour la toute première fois, on observe ainsi de l’eau émanant d’une comète interstellaire de cette catégorie. Ce qui surprend davantage les chercheurs, c’est l’intensité de cette activité. La comète éjectait de l’eau à un rythme effréné d’environ 40 kilogrammes par seconde, un débit comparable à celui d’une lance à incendie fonctionnant à pleine puissance.
Une activité anormale loin du Soleil
Cette découverte soulève une question intrigante liée à la distance de l’objet. Lorsque Swift a détecté cette émission, 3I/ATLAS se trouvait à environ trois fois la distance Terre-Soleil. À une telle éloignement, la plupart des comètes natives de notre propre système solaire restent « endormies », la chaleur stellaire étant théoriquement insuffisante pour sublimer la glace de surface en vapeur d’eau.
L’hypothèse privilégiée pour expliquer ce phénomène suggère un mécanisme de dégazage distribué : la lumière du soleil réchaufferait non pas le noyau directement, mais de minuscules particules de glace s’en étant détachées. En chauffant, ces grains libéreraient la vapeur d’eau observée, créant ce nuage de gaz environnant.
Ces observations marquent un tournant. En appliquant à ce visiteur lointain les mêmes grilles d’analyse que pour nos comètes locales, les astronomes peuvent désormais comparer la « recette » chimique de notre système solaire avec celle d’autres systèmes planétaires de la galaxie, ouvrant ainsi une fenêtre fascinante sur la diversité de notre univers.